La réforme

Dans son édition du 06 mars Le Monde publie un long article consacré à la réforme des études de santé dans lequel Patrice DIOT, Doyen de la faculté de médecine de Tours et Président de la Conférence des Doyens, écarte du revers de la main et avec un peu de condescendance les arguments avancés par des parents d’étudiants s’agissant des conditions de mise en œuvre de cette réforme.

Dans le même temps de nombreux collectifs se constituent à travers la France pour contester cette réforme et une pétition en ligne a recueillie plus de 40.000 signatures, le tout avec le soutien de plus de 190 parlementaires dont récemment 14 élus de Alpes Maritimes qui, tous bords confondus font bloc contre cette réforme.

 

En Touraine

Le sujet est relayé pour le moment auprès des autorités par les Députés Fabienne COLBOC et Daniel LABARONNE, ce dernier n’ayant d’ailleurs pas obtenu de réponse de la Ministre Frédérique VIDAL à une question posée en séance à l’Assemblée Nationale le 02 mars dernier.

Le comité local interrogé regrette l’absence de mobilisation d’autres parlementaires tourangeaux interpelés sur le sujet, peut-être en raison de leur trop grande proximité avec le Doyen et certains élus promoteurs de cette réforme nous confie l’un de ses membres.

Afin de comprendre cette montée progressive de la contestation face à une réforme qui se présentait initialement comme un véritable progrès face au système en vigueur il est important d’en rappeler l’origine et les principaux fondements.

 

Le principe

C’est par la loi n°2019-774 du 24 juillet 2019 relative à l’organisation et à la transformation du système de santé, que la première année commune aux études de santé (PACES) a été remplacée par deux filières distinctes : le parcours accès santé spécifique (PASS) et la licence à mineure santé (LAS), filières pour lesquelles le redoublement n’est désormais plus autorisé.

Durant cette année de transition, deux catégories d’étudiants coexistent et font face à des voies de sélection distinctes même si, s’agissant de la faculté de Tours, les enseignements dispensés et les examens du 1er semestre ont été identiques.

Afin de fixer le nombre de places en deuxième année et de le répartir entre ces deux catégories, le ministère a fixé comme impératif de permettre un taux de réussite au moins égal au trois années précédentes.

Sur cette base, le nombre des places affectées aux PACES a été fixé au regard de la moyenne sur trois ans du taux de réussite des redoublants et celui des places affectées aux PASS/Las au regard de la moyenne sur trois ans du taux de réussite des primants.

 

L’explication

Cela revient donc à amputer le numérus apertus des places réservées aux PACES.

Bien que cette approche ait l’apparence d’un raisonnement cartésien, elle masque toujours selon le collectif tourangeau une inégalité flagrante entre les promotions.

En premier lieu, la comparaison du taux de réussite des primants entre les deux systèmes n’a pas de sens dans la mesure où, et contrairement aux PACES, les PASS/Las n’ont pas de droit au redoublement. On retiendra par ailleurs que là où le Doyen Patrice DIOT voit une comparaison entre des carottes et des navets quand il s’agit d’arguments provenant de parents d’étudiants, il n’hésite pas à mélanger ces mêmes légumes quand cela sert son discours.

En second lieu, et pour les raisons qui précèdent, il conduit à diviser à minima par deux le taux de réussite de la promotion PASS/Las 2020 au regard de la précédente (PACES 2019) et de la suivante (PASS/Las 2021).

Le nombre de places pour les PASS/Las n’ayant pas été encore communiqué par la faculté, les membres du collectif ont réalisé une projection des places par promotion à la faculté de Tours qui aboutit au résultat suivant s’agissant par exemple de la filière médecine :

  • Promotion PACES 2019 : 275 places (135 places primants 2019 et 140 places redoublants cette année)
  • Promotion PASS/Las 2020 : 135 places (275 diminuées des 140 places PACES ci-dessus)
  • Promotion PASS/Las 2021 : 275 places (à minima sauf augmentation)

 

L’action

Pour les membres du collectif tourangeaux : « la seule solution apte à corriger cette situation inéquitable est de fixer le numérus apertus de cette année à hauteur du numérus clausus de l’année précédente et d’intégrer en surnuméraire exceptionnellement et pour cette seule année seulement les deniers redoublants de PACES admis en deuxième année ».

L’autre défaut majeur de la réforme réside, selon les étudiants, dans le fait que la programme d’enseignement des matières de santé devait être adapté afin de permettre de suivre l’enseignement de la mineure. Or tel n’est pas le cas dans de nombreuses faculté où les étudiants ont dû cumuler deux enseignements laissant peu de place à l’apprentissage de la mineur en témoigne les résultats catastrophiques dans ces matières dans bon nombres de facultés.

Face à ce constat et aux autres insuffisances notoires qui apparaissent dans la mise en œuvre de cette réforme, la Ministre Frédérique VIDAL reste confiante mais à néanmoins ordonné une inspection des services quand dans le même temps l’Assemblée Nationale a mis en place une mission d’information flash qui doit rendre ses conclusions mi-avril.

Le collectif tourangeau, qui s’interroge sur la responsabilité du Doyen Patrice DIOT qui se félicitait d’avoir pu augmenter le nombre d’étudiants en 1ère année alors que dans le même temps le nombre de place en 2ème année avait vocation a être réduit significativement, espère que les revendications seront entendues rapidement afin de redonner de la visibilité et de la motivation à des étudiants déjà bien éprouvés par les conditions particulières d’études dans le contexte sanitaire actuel.

 

Jean ORIGET

Page du collectif : https://www.facebook.com/groups/146571313974430

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