Situé rue du Chemin de Fer dans le quartier Febvotte à Tours, le jardin collectif Saint Lazare est géré par l’association le « Collectif des Jardins Saint Lazare ». Jardin partagé, lieu de production, il accueille également diverses activités. Accessible aux habitants du quartier, c’est une quinzaine de personnes qui s’y rassemblent aujourd’hui régulièrement autour de valeurs de partage et de la permaculture (1).

Mélanie Tessier, présidente de l’association depuis un an, et Dominique Thomas, secrétaire depuis les prémices du collectif, nous reçoivent à deux pas du jardin, « au numéro 44 », et nous racontent l’histoire de ce projet avec humilité et bienveillance.

Quand le contact avec le végétal émeut Mélanie, il est ancré dans le parcours professionnel et personnel de Dominique, ancien contrôleur laitier, en pleine transition. Il nous confie avec simplicité : « Il me semble qu’il faut passer de l’égocentrisme à l’écocentrisme (2), c’est-à-dire remettre le vivant au cœur de nos préoccupations. », avant de nous citer ce joli et surtout très prometteur proverbe africain : « Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ».

 

Un peu d’histoire…

 

Dominique se souvient et nous raconte l’histoire des Jardins Saint Lazare et du Chemin de fer, derniers jardins familiaux intra-muros de Tours, existant depuis 1948.

Le quartier Febvotte-Marat est un quartier situé au sud de la ville. Faubourg ouvrier, il s’est développé et urbanisé avec les Jardins Saint Lazare et la loi Loucheur (3), loi qui a permis la construction de maisons ouvrières à faible coût.

Les Jardins, regroupés dans un espace préservé du quartier et dédié aux jardins ouvriers, étaient très appréciés. Ils permettaient, à l’époque, aux familles de cheminots de se nourrir à moindre coût et d’améliorer leurs conditions de vie.

Dominique, vivant dans le quartier depuis 1984, nous explique avoir été contacté en 2011 pour participer à une action de militantisme quand la mairie a souhaité détruire cet espace vert pour créer un programme immobilier.

Avec pour objectif de protéger cette dernière bande verte sauvage, entre Loire et Cher, le collectif se constitue à l’époque. Il propose un projet d’aménagement dessiné par des architectes et des paysagistes, entre espaces de jardinage, de convivialité, de bien-être et de créativité. Pour les habitants, ce lieu est plus qu’un jardin. Empreint d’une partie de l’histoire ouvrière du quartier, il est le témoignage d’une époque.

 

Deux structures associatives nées d’une lutte contre l’urbanisation d’une zone naturelle

 

Le mouvement obtint gain de cause. Les jardins sont conservés, le projet est adopté par la municipalité. Elle opère alors en 2016 la réorganisation des parcelles et acte la construction de cinq cabanes partagées, dessinées et mises en œuvre par les architectes de l’agence « Quand Même » (4). Les travaux d’aménagement commencent.

Les « jardins ouvriers » deviennent alors des « jardins familiaux », lopins de terre individuels mis à disposition des habitants. Tenus par l’Association des Jardins du Chemin de Fer, ils connaissent aujourd’hui un regain d’intérêt et répondent notamment à une problématique actuelle de production locale. Le jardinier sème, plante, entretient et récolte sur sa parcelle.

Le jardin partagé, lui, est un espace partagé et géré par des habitants regroupés dans le « Collectif des Jardins Saint-Lazare ». L’objectif ici n’est pas de devenir autonomes d’un point de vue nourricier, mais plutôt d’aménager un lieu d’expérimentation, de convivialité et de partage. La production est un prétexte pour sensibiliser les citadins à la nature et au développement d’une agroécologie urbaine.

 

Les Jardins Saint Lazare : un projet social, participatif et ouvert sur le quartier

 

Né d’un groupement d’habitants, le collectif compte aujourd’hui des adhérents vivant dans un rayon de deux cent mètres : des retraités, des familles, mais aussi de nouveaux arrivants, qui souhaitent s’intégrer et rencontrer leurs voisins.

En cette période de crise sanitaire, ce type de lieux ne serait-il pas la solution pour garder une vie sociale et lutter contre l’isolement ? Retrouver des voisins au coin du jardin, retrouver ce lien avec la terre et le vivant, mixer les générations, apprendre, découvrir et partager… Mélanie nous le confirme : « les gens ont particulièrement besoin de contacts en ce moment, ils s’arrêtent au jardin, pour discuter, pour échanger. »

Des fleurs et des légumes composent le jardin, des interventions artistiques (exposition de mobiles, ateliers de vannerie…) et des ateliers jardinage l’animent. Lieu de balade, le jardin invite les passants à flâner et les plus curieux à entrer dans cette « oasis urbaine ».

L’association propose régulièrement des activités très diverses : ateliers thématiques, expositions artistiques, festivités ; et participent à de nombreux événements : Printemps des Poètes, Fête de la Musique, 48h de l’agriculture urbaine tourangelle.

 

De jardins partagés à une végétalisation plus globale de la ville ?

 

Mélanie et Dominique croient en l’importance du vivant en ville. Sans ambition nourricière, « comprendre le processus de développement d’une plante potagère, du début à la fin », a un impact positif sur les citadins. Car, comme nous le dit si bien Mélanie : « Même si Tours n’est pas loin de la campagne, il y a encore beaucoup de personnes qui n’y vont pas. La campagne doit s’inviter en ville ».

Pour Dominique, végétaliser la ville est un acte citoyen. « Il faut arrêter la dissociation entre les espaces de travail et de loisirs, l’habitat, les espaces verts, et retrouver une approche plus systémique. Dans un jardin on participe à la fertilité du sol, on prend l’air, on crée du lien social… »

Les jardins partagés, lieux de production, sont un moyen de sensibiliser les habitants au vivant et de reconnecter les citadins à leur alimentation. Ils sont aussi le prétexte à des moments conviviaux et festifs, bien appréciés en ces temps de pandémie.

 

Pour en savoir plus et suivre les actualités du Collectif des Jardins Saint Lazare :

 

Alice Bouchet

Urbaniste – Architecte

Spécialisations Agriculture urbaine et Nature en ville

 

  • La permaculture est un concept systémique et global qui tend à créer des écosystèmes respectant la biodiversité. L’inspiration vient de la nature et de son fonctionnement.
  • L’écocentrisme est une éthique où le critère d’appréciation d’un acte est la conséquence de cet acte sur l’écosystème, la communauté, l’espèce.
  • La loi Loucheur, promulguée en 1928 vise à pallier la crise du logement de l’entre-deux-guerres, engageant l’État français à investir des fonds pour la réalisation de 200 000 habitations à bon marché et de 60 000 habitations à loyer modéré sur une durée de cinq ans.
  • Quand même est une société nantaise créée en 2016 par Pierre-Yves Péré (architecte) et James Bouquard (paysagiste et scénographe) : http://quandmeme.fr/

© Photos : Alice Bouchet

Photo à gauche Dominique Thomas, à droite Mélanie Tessier.