« Les habitants des Jardins Perchés n’y croyaient plus ! Pendant toute la période du confinement, il ne s’est rien passé ! Mais ça y est ça démarre ! »

Malgré le contexte de la crise sanitaire actuelle, le projet de maraîchage urbain s’est progressivement mis en place sur le toit et au sol de la résidence des Jardins Perchés, à Tours Nord. Désormais, ses habitants voient pour leur plus grand plaisir les premiers légumes pointer le bout de leurs nez.

Audrey Debonnel, ingénieure-agronome, cheffe du projet « J’habite mon jardin » de l’Agrocampus Tours – Fondettes, en partenariat avec le bailleur Tours Habitat, nous reçoit avec entrain et pédagogie. Cette opération expérimentale, basée à Tours Nord, associe la construction de 76 logements sociaux et la création d’une ferme maraîchère urbaine se développant à la fois sur les toits de la résidence et au sol.

La Covid ayant ralenti considérablement l’avancée des premières plantations, c’est ce mercredi 21 octobre 2020 qu’une première vente d’épinards a eu lieu aux Jardins Perchés. Le fruit d’un travail de longue haleine pour Audrey Debonnel, Victor Soret, le tout fraîchement recruté maraîcher urbain, et les apprenants du lycée agricole de Tours – Fondettes.

Offrir aux tourangeaux une alimentation saine et au plus proche des consommateurs, telle est l’ambition de la ferme urbaine, mais pas seulement. En effet, Audrey le souligne : « “J’habite mon jardin“ est un projet avec trois axes. »

Un premier objectif productif et nourricier

Avec environ 2000 m2 de surfaces cultivables, le jardin compte produire des légumes de qualité et variés accessibles aux habitants des Jardins Perchés, au personnel du lycée agricole de Tours – Fondettes et de Tours Habitat, ainsi qu’à des restaurateurs du centre-ville.

En toiture, la production se fera en hydroponie (1) et sous serre (d’environ 800 m2), avec engrais organiques, mais sans labellisation Bio (car cultures hors sol (2) ).
Au sol de la résidence, les plantations se feront de manière plus traditionnelle, et donc en pleine terre.

Des paniers y seront vendus et distribués via un système de commandes sur internet (site en cours de construction).

Pour la suite, le lycée agricole souhaite développer la culture de champignons, pour son aspect pédagogique, mais aussi gustatif !

Un projet qui se veut social

Aujourd’hui, on se croise, on se dit bonjour du coin des lèvres, on pose à peine les yeux sur l’autre. L’un des enjeux majeurs de l’agriculture urbaine est bel et bien social. Quoi de mieux que de jardiner pour échanger, apprendre et renouer avec la nature. Des discussions intergénérationnelles, interculturelles, sur des pratiques de jardinage, alimentaires et de respect de l’environnement. C’est ce que souhaite Audrey Debonnel pour les Jardins Perchés : « Les résidents ne se connaissent pas entre eux, on souhaite créer une cohésion ».

Afin de connaître les attentes des résidents face à ce nouvel espace de rencontres, une enquête a été lancée. « Ce qu’on aimerait bien, c’est créer une association avec les habitants ». Différents ateliers seront animés dans le jardin en pleine terre au sol de la résidence, avec notamment « Couleurs Sauvages », association d’éducation à l’environnement (https://www.couleurs-sauvages.com/) : cuisine des légumes du jardin, fabrication d’une mangeoire pour oiseaux, cours de jardinage, etc…

Pour Audrey, le volet social est le plus important, « si c’est une réussite de ce point de vue-là, ce serait un indicateur fort que le projet fonctionne. »

Un terrain de jeux pour se former

Il s’agit d’une ferme urbaine du Lycée agricole de Tours-Fondettes, les apprenants s’y retrouvent régulièrement pour leurs travaux pratiques. Au-delà de la visée formatrice, cette présence de main d’œuvre permet de faire avancer le projet de façon significative et de suivre la chaîne de production. « Quand il y a un TP avec 20 apprenants qui viennent, ça va tout de suite beaucoup plus vite ! », confie ainsi la cheffe de projet.

Aussi, le projet est accompagné par de nombreux Instituts de Recherches sur la question de la production, l’automatisation des serres, les échanges énergétiques entre les bâtiments, etc…

Un modèle de projet d’agriculture urbaine qui pourrait se répliquer

Pour Audrey, si le projet fonctionne, cela pourrait donner envie à d’autres bailleurs sociaux de créer des projets similaires dans l’agglomération, et donc de développer l’agriculture urbaine à Tours, déjà bien présente. À Tours comme dans de nombreuses autres villes, l’agriculture urbaine prend de l’ampleur.

Si son développement semble logique et nécessaire dans des grosses métropoles telles que Paris, New York, Singapour… beaucoup se posent la question de leur pertinence dans des villes de taille moyenne, comme celle de Tours.

Et pourtant, Audrey Debonnel en est convaincue, l’agriculture urbaine a sa place dans le paysage tourangeau urbain : « Certaines personnes sont dans leur quotidien, font leurs courses, rentrent du travail, ne vont pas forcément avoir le temps, ni ne vont connaître le milieu agricole. Inclure l’agriculture dans la ville peut faire naître cette envie de découvrir ce milieu, et peut être aussi d’aller à la rencontre de ces autres maraîchers qui se trouvent en périphérie de Tours… » Et de conclure : « L’agriculture urbaine, c’est comme une passerelle entre le centre de la ville et les agriculteurs autour. »

Renouer avec une alimentation saine et locale, tel est le défi que se lance « J’habite mon jardin ».

Alice Bouchet                                                                                                                                                                                                                                  Urbaniste – Architecte                                                                                                                                                                                                Spécialisations Agriculture urbaine et Nature en ville 

 

  • (1) Hydroponie provient du grec hydro (eau) et ponos (travail), autrement dit « le travail par l’eau ». C’est une technique horticole qui permet de procéder à une culture hors-sol, parfaitement adaptée en milieu urbain. La terre est alors remplacée par un substrat inerte et stérile, comme les fibres de coco ou les billes d’argiles.
  • (2) Le règlement bio européen stipule que les cultures hors-sol, telle l’hydroponie, ne peuvent pas porter le label bio européen. 

© photos : Audrey Debonnel